Pôle de Renaissance Communiste en France
Lens-Paris, le 5 novembre 2006
Aux camarades des groupes communistes opposés à l’Union européenne de Maastricht (1)
URCF- Communistes (R. Perlican)- Gauche communiste- Coordination communiste du Nord- Coordination communiste de Haute-Savoie (pour info)- Appel des 41- Rouges vifs Marseille- Rouges vifs franciliens- AMC 17- AC 76- Sections communistes du PCF : Béziers, Paris XV- Combat- Communistes du Rhône
Chers camarades,
Les prochaines présidentielles se présentent comme un piège politique tendu à notre peuple : alors que ce dernier a eu la force de refuser la constitution européenne parrainée par le PS, l’UDF et l’UMP, alors que la jeunesse et les salariés les plus combatifs ont balaye le CPE esclavagiste, tout est fait pour forcer les Français à « choisir » entre deux candidats maastrichtiens qui rivalisent de déclarations antisociales, anti-laïques, antisyndicales pendant que le gouvernement et le MEDEF harcèlent le monde du travail avec leurs contre-réformes… Ce deux candidats s’affichent pour l’atlantisme le plus plat et pour la sacro-sainte « construction européenne ». Et si cette bipolarisation forcée ne suffit pas à neutraliser l’aspiration à un changement progressiste, le fasciste Le Pen, flanqué de De Villiers, reste en embuscade pour dévoyer le mécontentement populaire vers ses « solutions » barbares.
Du côté de la gauche « alter-mondialiste » et « euro constructive », c’est la bouteille à l’encre : une série de groupes « anti-libéraux » se livrent une concurrence féroce pour représenter le « non de gauche » du 29 mai sur des bases réformistes.
Du côté de la direction du PCF mutant, désormais arrimé au PGE, aucune clarification politique n’est à espérer : la seule chose certaine c’est que M-G Buffet ne défendra pas les couleurs du PCF aux présidentielles ; si elle se présente, ce sera au titre du « rassem-blement anti-libéral ». Mais même si les « comité unitaires du non » acceptaient la candidature Buffet, cela ne règlerait rien : M.-G. Buffet a annoncé qu’elle se désisterait au second tour pour « le candidat de la gauche », quel qu’il ou elle soit et sans condition de programme : le PCF n’a donc pas renoncé, pour sauver ses postes électifs (y compris s’il faut pour cela transformer le PCF et son groupe parlementaire en force et en groupe « antilibéraux »), à participer à un gouvernement ou à une majorité parlementaire social-maastrichtiens, avec les résultats qu’on a vus en 2002.
Et surtout, aucune des composantes trotskistes, « mutante » ou « altermondialiste » de la « gauche antilibérale » ne pose la question du CONTENU de CLASSE d’une rupture progressiste avec la politique néo-libérale et la construction européenne du capital. Toutes ces personnalités et organisations, PCF mutant compris, militent pour une « Europe sociale » qui farde de rose la construction en cours d’un Etat européen supranational, anticommuniste, impérialiste et liberticide. Aucune de ces forces ne dénonce sur le fond la cause fondamentale des souffrances vécues par notre peuple et de la fascisation de la vie politique : la domination du grand capital et du pourrissant système capitaliste sur la société.
Dans ces conditions, et quelle que soit la manière dont nous apprécions respectivement les candidatures déclarées ou potentielles, n’avons-nous pas, en tant que communistes hostiles à Maastricht et au capitalisme, un devoir d’unité devant notre peuple ? Même si le caractère de plus en plus antidémocratique de la 5ème « République » nous empêche de présenter un candidat franchement communiste aux présidentielles, ne pourrions-nous pas examiner ensemble s’il est possible d’élaborer et de porter en commun ce que pour notre part nous nommons un « programme-candidat » en menant une campagne unitaire de masse sur un ou plusieurs tract(s) et affiche(s) commun(s) ? Une telle initiative commune pourrait être un puissant encouragement aux luttes et un facteur d’espoir et d’unité pour les communistes et pour tous les progressistes.
Ce programme commun franchement communiste, orienté vers la sortie de la France de l’UE de Maastricht et de Nice, vers la construction d’une nouvelle République sociale, souveraine, fraternelle, populaire, et en perspective, vers la transformation socialiste du pays (nous n’escomptons pas une illusoire troisième voie « démocratique » intermédiaire entre capitalisme et socialisme ; s’articulant à une large intervention populaire, la mise en œuvre de mesures démocratiques permettrait au contraire d’approfondir la lutte de classes et mettrait la classe laborieuse à l’initiative pour mettre en cause le capitalisme dans son ensemble).
Ce programme pourrait selon nous comporter les axes suivants à mettre en débat dans les entreprises, sur les campus et dans les quartiers populaires (il ne s’agit que de PISTES et nous vous prions de ne pas vous arrêter aux formulations) :
A) Marquer d’emblée le changement de cap :
- Annuler toutes les contre-réformes euro libérales UMP et PS (retraites, décentralisation, Sécu, indemnités chômage, plan Juppé, travail de nuit des femmes, travail des moins de 16 ans, privatisations UMP et PS, lois anti-immigrés, mesures instaurant l’Etat policier…).
- Reconquérir/élargir les acquis de 36 et de 45 : Sécu, nationalisations, statuts et conventions collectives, retraites par répartition, lois antifascistes, mesures pour dégager la presse de l’emprise du capital, etc. ; reconstituer/élargir le secteur public industriel, financier et de services, avec des droits étendus pour les salariés et les usagers ;
B) institutions :
- Reconquérir et élargir la souveraineté nationale et populaire sur les plans politique, monétaire, budgétaire, social… : refuser d’appliquer les directives antisociales de l’UE, abroger les traités supranationaux et néo-libéraux européens jusqu’à sortir la France de l’UE du grand capital ; construire de nouveaux traités internationaux progressistes non limités à l’Europe et fondés sur la coopération (comme l’ALBA en Amérique latine), l’échange égal et le co-développement, soutenir l’Europe des luttes ouvrières, antifascistes, antiracistes et pacifiques ;
- reconquête des acquis laïques, démocratiques et républicains ; séparation rigoureuse de l’Etat et des Eglises ; abrogation de la Constitution antidémocratique de la 5ème République ; proportionnelle à toutes les élections ; interdiction des partis fascistes et racistes et annulation des mesures antidémocratiques des gouvernements maastrichtiens ; développe-ment d’une large démocratie populaire, directe et participative ; droit de vote aux immigrés aux élections locales ; cessation de toute persécution anti-immigrés et régularisation des sans-papiers ; extension des libertés syndicales ; égalité juridique et sociale complète entre les deux sexes ;
C) économique et social :
- Plan démocratique de réindustrialisation du pays, conditionnant la souveraineté économique, le changement social et le rétablissement de la puissance sociale de la classe ouvrière; interdiction des délocalisations ; interdiction des licenciements collectifs dans les entreprises bénéficiaires ; investissement public massif dans la Recherche et l’Université ; droits de contrôle, voire de veto, étendus pour les syndicats et les comités d’entreprise sur les décisions patronales engageant l’emploi ; défense des intérêts des artisans, paysans travailleurs, artisans pêcheurs et petits commerçants de proximité contre les monopoles capitalistes ; défense de l’environnement et du cadre de vie contre les dévastations du profit capitaliste ;
- augmentation substantielle du pouvoir d’achat populaire, salaires, pensions, revenus de substitution, forte relance du logement social et réquisition des immeubles vides propriété des spéculateurs immobiliers ; taxation du grand capital, des profits des grandes sociétés capitalistes, des grandes fortunes ; élimination ou forte diminution des impôts indirects et taxation directe des très hauts revenus ; re-nationalisation à 100% des services publics ; contrôle d’Etat des flux inter-nationaux de capitaux ; mesures de protection ciblées de l’industrie et de l’agriculture nationales en lien avec une politique d’aide au développement pour les pays du Sud ; des moyens massifs pour améliorer les conditions de vie de l’enfance et donner une fin de vie digne au 4ème âge ; amélioration des conditions de travail et punition du harcèlement patronal à l’entreprise ;
- transformation de tous les emplois précaires en emplois stables ; relance massive de l’embauche dans les services publics ; pour une Education nationale démocratique et de qualité pour tous, faisant reculer l’échec scolaire et la ségrégation sociale ; reconstruction de l’Hôpital public ;
G) international :
- politique de paix et d’opposition à l’impérialisme quel qu’il soit ; solidarité avec tout Etat et tout mouvement luttant pour l’émancipation nationale, la paix, la démocratie et le socialisme ;
- sortie de la France de l’OTAN et de l’armée européenne ; construction d’une armée citoyenne nouvelle avec de larges droits démocratiques pour les appelés ; lutte pour le désarmement ;
- retrait des troupes françaises d’Afrique et du Moyen-Orient ;
Tout cela peut être formulé différemment et n’est énoncé ici qu’à titre indicatif (il nous a semblé qu’il y avait accord sur ces points entre nous mais c’est à chacun d’en juger) ; tout cela est soumis à la discussion et à l’élaboration collective, chaque organisation restant libre de mener sa campagne sur les thèmes qui lui tiennent à cœur, quelle que soit sa position quant au devenir du PCF (pour notre part, nous jugeons qu’il est devenu impossible de le redresser de l’intérieur mais nous ne dressons aucune barrière entre les communistes encore membres du PCF et ceux qui l’ont quitté ou en ont été exclus de fait).
Cette proposition de campagne unitaire sur un programme commun de rupture progressiste, doit être liée à un appel à l’action de classe dès maintenant, car le pire serait de laisser croire que les élections peuvent se substituer à la lutte des classes. Pour notre part, nous défendons la proposition stratégique d’un Front de Résistance et d’Alternative Populaire dont Initiative communiste précise chaque mois la signification.
Mais quel facteur d’union et d’espoir pour les communistes si, passant sur tous nos différends, nous parvenions à nous rencontrer et à nous unir pour parler ensemble aux travailleurs et à la jeunesse pendant la campagne électorale !
Nous sommes prêts, non pas à organiser, mais à faciliter une table ronde entre tous les destinataires du présent courrier qui manifesteraient leur intérêt. Merci de nous donner, pas trop tardivement, une réponse explicite et bon courage pour cette période si difficile.
Très fraternellement,
Pour le PRCF, Hemmen, Landini, Gastaud
Pour nous contacter
J.-P. Hemmen, prcf.predel@wanadoo.fr , tél. 0322762100
Ou G. Gastaud, gastaudcrovisier2@wanadoo.fr, tél. 0321424372
(1) Certains groupes nommés ci-dessous peuvent être indisposés de voisiner avec d’autres groupes. Nous savons également que certains camarades se considèrent avant tout comme des organisations du PCF et non comme des groupes constitués ou des « tendances ». Dresser une liste ne signifie pas pour nous procéder à un amalgame et ignorer les différences de statuts et les divergences idéologiques. Cela signifie simplement que
a) Il est honnête d’indiquer à qui nous écrivons : nos critères sont programmatiques, nous nous adressons à toute organisation qui s’affiche pour la rupture totale avec l’UE de Maastricht, qui condamne officiellement la mutation, qui se réclame d’Octobre 17, de Tours et de la lutte pour le socialisme. Nous n’avons pas nous-mêmes à trier a priori entre les destinataires dès lors que notre proposition vise l’unité d’action sur le programme et non (à ce stade et dans ce cadre) une fusion des organisations. Nous n’avons pas par ailleurs la prétention de connaître tous les groupes constitués. Par ailleurs, le présent courrier est adressé également aux camarades F. Huck, syndicaliste de l’agro-ali-mentaire et à H. Martin, bien connu de tous, étant donné le rôle qu’ils jouaient dans la Convergence communiste avant sa mise en sommeil.
b) En revanche, nous n’adressons pas ce courrier à des groupes, membres ou pas du PCF, qui se prononcent pour « l’Europe sociale » et avec lesquels le PRCF ne peut sans contradiction proposer de défendre un programme commun.
Bien que nous pensions que le PCF ne peut plus revenir à une politique communiste, nous pensons que le fait d’appartenir ou non au PCF, de le croire ou pas amendable du dedans, ne doit pas empêcher de diffuser ensemble des idées programmatiques communes. Encore une fois il ne faut pas confondre unité d’action et unité d’organisation.

