Les textes théoriques, mais aussi les expériences d’édification du socialisme, nous sont nécessaire pour avoir une idée de ce que nous voulons. Les pays socialistes bureaucratiques avaient des défauts, dont certains très graves, et nous avons beaucoup à en apprendre pour ne pas renouveler leurs erreurs. Mais nous devons aussi nous inspirer de leurs indéniables réussites malgré un important retard initial de développement des forces productives, et un contexte international défavorable, tout en respectant les spécificités françaises pour éviter tout copiage artificiel de ce qui s’est fait ailleurs.
1) Une République socialiste et démocratique au service des
travailleurs
a) Constitution socialiste
Proclamation d’une nouvelle Constitution et d’une République socialiste où l’exploitation capitaliste est déclarée illégale, le pouvoir de la classe ouvrière et de ses alliés garanti. Le pouvoir
à tous les niveaux doit être assumé par des assemblées élues au suffrage universel direct, à la représentation proportionnelle. Mandat impératif des élus, révocables à tout moment à la demande
d’une majorité des électeurs. Gouvernement désigné par l’Assemblée Nationale et responsable devant elle. Institution de structures donnant aux citoyens le droit de participer à la gestion des
affaires de l’Etat à tous les niveaux.
b) Fonctions régaliennes de l’Etat ouvrier
Suppression de l’armée de métier. Statut démocratique du soldat, avec garantie des libertés d’expression et d’association. Election par la classe ouvrière de représentants de cette classe pour
diriger la police et la justice. Les juristes et policiers de métiers formés sous le régime précédent doivent mettre leurs compétences techniques au service du nouvel appareil d’Etat et de la
nouvelle classe au pouvoir, ou quitter leurs fonctions. La justice de classe ouvrière doit garantir et respecter dans tous les cas les principes les plus avancés de la justice bourgeoise, à
savoir la présomption d’innocence et l’impossibilité de condamner sans preuves. Intégration dans la police d’éventuels comités populaires constitués pour combattre les tentatives
contre-révolutionnaires, volontaires mobilisés pour la défense de l’outil de travail etc. L’Etat socialiste étant amené à dépérir jusqu’au communisme, ces rouages de l’appareil d’Etat devront de
moins en moins être aux mains de professionnels, et contrôlés de plus en plus directement par la classe ouvrière. Dans le droit commun, le recours à l’incarcération doit se raréfier, et les
longues peines doivent disparaître. L’Etat socialiste doit cependant maintenir en état de marche un appareil répressif qu’il pourra renforcer rapidement (augmentation des effectifs, durcissement
légal des peines, simplification des procédures...) pour se défendre en cas de sérieux danger contre-révolutionnaire ou de guerre civile, et ce jusqu'à la disparition totale de l’impérialisme
dans le monde.
c) Pluralisme socialiste
Pour éviter les graves inconvénients liés au système de parti unique (carriérisme, opposition anticommuniste interne, absence de soupape de sécurité aux mécontentements lors des situations de
crise...), il importe de maintenir, dans la mesure du possible, une opposition légale libre de critiquer le pouvoir en place, pourvu que le socialisme ne puisse pas être remis en
cause, de la même manière que les démocraties bourgeoises tolèrent les formations politiques anticapitalistes tant qu’elles ne menacent pas sérieusement le capitalisme. Il en va de même de
la liberté d’expression en général, et des journalistes en particulier. Bien évidemment, la liberté de critique est garantie aux citoyens, individuellement ou en assemblée, et aux mêmes
conditions.
2) Mode de production
socialiste
a) Collectivisation totale de tous les grands moyens de production et d’échange
Cela comprend les grandes unités de production, les banques, les sociétés d’assurances, les médias, les hypermarchés... Utilisation des compétences techniques des
spécialistes du mode de production capitaliste pour améliorer le mode de production socialiste tout en luttant contre leur tendance naturelle à vouloir réintroduire la logique de profit dans les
rapports de production. Diminution progressive de l’utilisation de la monnaie dans les échanges, et remplacement progressif de celle-ci par des échanges directs de services sous contrôle de
l’Etat. Suppression de la Bourse. Interdiction absolue aux citoyens de posséder un compte bancaire à l’étranger, pour éviter les gels et fuites de capitaux. .
b) Collectivisation des autres secteurs d’activité
La collectivisation de l’agriculture en URSS s’est faite de manière forcée en raison de la nécessité de rattraper rapidement le retard économique considérable du pays. Dans la France
d’aujourd’hui, où l’agriculture est excédentaire, il est possible de collectiviser progressivement ce secteur en utilisant le volontariat comme levier essentiel. La transformation des plus
grandes exploitations, actuellement aux mains de véritables capitalistes agricoles, en coopératives démocratiquement autogérées en lien avec le Plan, devrait permettre de montrer les
avantages de cette organisation qui garantit, si elle fonctionne correctement, des revenus plus stables, des conditions de travail moins dures, des congés plus long etc. Les échecs du socialisme
dans ce domaine doivent nous inciter à la prudence dans la mise en pratique des principes. L’agriculture collectivisée ne doit s’imposer que progressivement, et là où elle fait la preuve de
sa supériorité. Une stratégie identique doit prévaloir dans le domaine de l’artisanat et de la petite entreprise, pourvu que l’Etat socialiste y empêche dès le départ les abus et fasse respecter
les droits des travailleurs.
c) Planification démocratique
La planification dans les pays socialistes a permis des succès spectaculaires
du point de vue de l’industrialisation lourde et de l’élévation du PNB, mais elle s’est ensuite caractérisée par des blocages graves qui leur ont interdit de répondre efficacement à la
contre-offensive du capitalisme. Il est impératif de tirer enseignement de ces échecs et de mettre à profit les ressources d’un pays très développé technologiquement comme le nôtre, pour ne pas
répéter les mêmes erreurs. Les choix opérés dans le cadre du Plan ne doivent pas être l’affaire d’un groupe de techniciens et de bureaucrates, mais faire l’objet de véritables consultations
populaires. Les critères de planification doivent être quantitatifs et qualitatifs pour éviter la production pléthorique de produits de mauvaise qualité, et améliorer l’environnement. Cela
suppose notamment la création de comités de consommateurs chargés d’étudier si un produit donne satisfaction ou non, avec possibilité d’influer sur les choix de l’entreprise. Malgré la
disparition des rapports marchands, une entreprise ne doit en aucune manière être assurée d’écouler systématiquement toute sa production si les consommateurs potentiels n’en sont pas satisfaits.
Si la concurrence entre entreprises doit tendre à disparaître, et être effectivement supprimée partout où elle est nuisible, elle peut être utilisée, dans un premier temps, par l’Etat socialiste
pour empêcher la survie d’unités de production inutiles et artificiellement maintenues par une planification de type bureaucratique. Les entreprises qui sabotent le Plan, intentionnellement ou
par négligence, doivent pouvoir être fermées ou restructurées.
d) Autogestion
Gestion des entreprises par leurs travailleurs. Celle-ci doit s’exercer dans le cadre du Plan et permettre d’en affiner l’élaboration et la réalisation. Elle ne remet pas en cause le
caractère national de la planification, et doit se faire sous le contrôle de l’Etat centralisé, pour éviter le retour de traits propres au mode de production capitaliste, comme la compétition
entre entreprises et la mainmise grandissante des banques sur l’économie, ou que les rétributions versées soient sans rapport avec le travail fourni.
3) Démocratie sociale
a) Plein-emploi
Pas de vraie démocratie sans plein-emploi. Chacun doit trouver un emploi dans un domaine
d’activité de son choix. Le Plan doit permettre de former et de préparer la réaffectation les travailleurs employés dans un secteur en perte de vitesse en évitant les
soubresauts et virages brutaux du mode de production capitaliste, qui jettent des millions de travailleurs à la rue au gré des aléas du marché. Les flux migratoires doivent être régulés, en
accord avec les pays concernés, pour éviter les brusques fluctuations de main d’œuvre. Si l’appel à des travailleurs immigrés pour combler un déficit de main d’œuvre dans un secteur est
décidé, l’emploi est garanti automatiquement à ces travailleurs, aux mêmes conditions que pour les autres, bien entendu.
b) « A chacun selon son travail »
Ce principe socialiste doit permettre de réduire encore les écarts de revenus de manière générale. Le droit au travail et au logement ne doit cependant pas permettre aux parasites de vivre aussi
bien que les travailleurs, faute de quoi la démotivation gagne ces derniers, et la productivité chute tellement que, non seulement la société d’abondance devient inaccessible, mais des
pénuries peuvent s’installer. La rétribution des individus doit dépendre du travail fourni. Il est illusoire de vouloir supprimer du jour au lendemain les stimulants matériels alors que
l’intéressement individuel qui caractérise le capitalisme a influencée les comportements humains pendant des siècles. Pour dépasser cela, c’est-à-dire tenir compte de cette réalité tout en
travaillant à s’en affranchir, l’utilisation de stimulants matériels collectifs et non monétaires (équipements, loisirs, amélioration des conditions de travail...) doit être
privilégiée.
c) Droits des travailleurs
Dissolution des structures syndicales de collaboration avec le capital, en distinguant soigneusement les différentes structures nationales, et locales, fédérations et branches etc. pour
éviter l’amalgame entre les syndicalistes contre-révolutionnaires et les autres. Association directe des syndicats autorisés à la gestion des entreprises. L’intégration des syndicats dans
l’appareil d’Etat les a souvent conduits, dans les pays socialistes, à se transformer en purs organismes de gestion qui ne défendaient plus réellement les droits des travailleurs contre les
aspects bureaucratiques de la planification. C’est pourquoi une certaine indépendance syndicale par rapport à l’appareil d’Etat doit être maintenue, dans l’intérêt de la planification
démocratique elle-même, pourvu que l’activité syndicale ne remette pas en question le socialisme. De même, la suppression du droit de grève au motif que l’Etat socialiste, ne pouvait, par
définition, pas prendre de décisions contraires aux intérêts des travailleurs, a favorisé la bureaucratie. Le droit de grève et de manifestation doit être maintenu, sous réserve, là encore, qu’il
ne serve pas à attaquer le socialisme.
d) Services publics nombreux et de haute qualité, gratuits ou très bon
marché
Monopole d’Etat de l’enseignement public, laïc et gratuit, garantissant un réel pluralisme des idées et une laïcité véritable. Interdiction de tout enseignement privé. Le
matérialisme dialectique, en tant que forme la plus aboutie de démarche scientifique, doit irriguer tout l’enseignement, sans que l’on fasse pour autant du marxisme une discipline spécifique en
même temps qu’une philosophie officielle. Tous les courants de pensée doivent être enseignés (ce qui exclut, bien entendu, les doctrines prônent la haine et l’exclusion, tout comme dans
l’enseignement laïc des démocraties bourgeoises). Le matérialisme dialectique doit s’imposer progressivement en faisant la preuve de sa supériorité dans l’analyse concrète des situations
concrètes, et non comme un bréviaire dont on ferait retenir par cœur des formules aux élèves. Gratuité pour les transports en commun entre le domicile et le lieu de travail, faible
prix des transports en commun routiers. Gratuité totale de la justice. Suppression de l’exercice libéral de la médecine par l’intégration dans la fonction publique de l’ensemble des médecins et
infirmiers. Collectivisation du secteur de la santé en fonctionnarisant l’ensemble de ses acteurs, intégration du parc des cliniques privées dans l’hôpital public, recrutement des médecins selon
le même régime que pour les enseignants, barèmes nationaux pour la grille des salaires. Accès à la propriété du logement lorsque le total des loyers versés dépasse la valeur du logement
occupé.
e) Sport et culture de masse
Développement par l’Etat des pratiques sportives en rupture avec les logiques de la compétition-spectacle. Interdiction du sport professionnel. Revenu versé par l’Etat pour les sportifs de haut
niveau. Culture de masse à des prix symboliques. Possibilité pour les artistes qui le souhaitent d’être salariés par l’Etat. Garantie de la liberté de l’artiste et non-intervention des autorités
dans le contenu des oeuvres tant qu’elles ne bafouent pas la dignité humaine. Interdiction de la publicité commerciale.
4) Internationalisme
prolétarien
a) Le camp socialiste
Une France socialiste ne pourrait tenir longtemps tête seule à tous les impérialismes. La grande URSS, en dépit des ressources immenses dont elle disposait, a eu toutes les peines du monde à se
maintenir avant de sombrer. Une politique extérieure socialiste ne peut se concevoir que si plusieurs pays d’Europe passent eux-mêmes au socialisme. La constitution d’un camp socialiste fort,
solidaire et cohérent, mais dans lequel aucun pays n’impose ses vues aux autres, et où les spécificités propres à chaque nation sont respectées, est une condition nécessaire à la victoire finale
du communisme, ainsi que le renforcement constant et rapide de ce camp par l’extension de la révolution.
b) La question de la paix
L’impérialisme a toujours eu recours à la guerre ou aux
menaces de guerre pour empêcher l’extension de la révolution prolétarienne. Il est hors de question de renoncer à la révolution mondiale au prétexte que l’impérialisme ne la tolérerait pas sans
tout faire sauter, puisque la guerre inter-impérialisme s’en chargera si la révolution mondiale ne triomphe pas. Cependant, il serait suicidaire de prendre à la légère les menaces de
l’impérialisme et de ne pas en tenir compte. Le camp socialiste devra donc mener des actions en faveur du désarmement nucléaire, chimique et bactériologique, de l’interdiction des
dispositifs d’attaque par surprise, de la dissolution de l’OTAN, des relations de coexistence pacifique entre tous les Etats, contre la politique impérialiste d’ingérence dans les affaires
intérieures d’autres Etats, contre le prétendu « droit d’ingérence », soutenir l’ONU tant qu’elle respecte les souverainetés nationales, et informer le plus largement possible sur ces
actions, notamment grâce aux partis communistes des pays impérialistes. D’autre part, l’agressivité maintes fois vérifiée de l’impérialisme exclut tout désarmement unilatéral, même partiel.
Quant aux possibilités de désarmement bilatéral, elles n’existeront que quand plusieurs pays militairement forts seront passés au socialisme.
c) Les échanges
Echanges prioritaires avec les autres pays socialistes ou se réclamant du socialisme. Relations mutuellement avantageuses et justes avec les pays pauvres sur les plans économique, commercial,
scientifique et culturel. Dans ces deux cas, les prix du marché capitaliste n’ont plus cours. Aide technique aux pays pauvres, y compris pour la nationalisation éventuelle dans de
bonnes conditions des firmes françaises par les pays qu’elles ont contribué à piller (cas d’Elf-Aquitaine en Afrique), et leur bon fonctionnement ultérieur. Les échanges avec les pays
capitalistes développés doivent être maintenus dans toute la mesure du possible. Rompre les relations économiques avec un pays comme la France coûterait aux impérialistes beaucoup plus cher
qu’avec la Russie de 1917, par exemple. Le maintien des relations commerciales avec les grandes entreprises des pays capitalistes à des conditions mutuellement avantageuses est une des conditions
du maintien de la paix.

